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Cinq lettres. Une passion.

 
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Harmony



Inscrit le: 16 Mai 2007
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MessagePosté le: 08/03/10-18:50    Sujet du message: Cinq lettres. Une passion. Réagir/Répondre en citant

PRATIQUE

C'est en accompagnant ma mère et ma sœur que je l'ai découvert. Il était imposant dans le petit salon de feu madame Muraie! Il paraissait à la fois jeune et âgé: il scintillait à la lumière du soleil et était abîmé en plusieurs endroits.

Madame Muraie habitait au troisième étage d'un immeuble haussmanien avec vue sur le Sacré Cœur. Elle vivait seule depuis la mort de son mari « mort dignement à la guerre » racontait-elle. On apprendra plus tard par l'une de ses filles qu'il avait déserté et avait été tué pour cette raison inacceptable. Madame Muraie avait reçu une lettre du ministère de l'intérieur affirmant que « son âme repose parmi celles d'autres vaillants combattants morts pour la France », une façon d'embellir la réalité et de rendre la famille fière de son soldat et de sa patrie reconnaissante.
Madame Muraie était appréciée de tous pour sa gentillesse, sa générosité, sa bonne humeur et son écoute toujours attentive. Elle était drôle aussi. De temps en temps, presque soudainement, elle énonçait des vérités extravagantes, des déductions fantastiques. Je me rappelle qu'en ce jour de première rencontre, elle me fixa, me tâta les doigts et m'examina le regard avant d'annoncer que j'allais devenir grand. Évidemment! Je n'avais que dix ans et ne mesurais qu'un mètre trente-et-un! J'eus cru qu'il s'agissait de ma taille.

Madame Muraie avait le dos courbé par la vieillesse et par le poids de ce qui a été sa passion – qui sait, l'est-ce toujours dans l'au-delà! Quand alors ses yeux ne voyaient que ses pieds parce que sa colonne vertébrale tortillée l'empêchait de lever fièrement sa tête, tel un lapin sentant une proie ou un danger, ma sœur et moi rions. Ce n'était que par sympathie car tous les deux l'estimions. Encore plus lorsqu'elle racontait son passé: tous ses voyages à travers le monde, tous ses amants aux langues différentes, toutes ses récompenses à la hauteur de son talent, toutes ces anecdotes sur tous ceux qu'elle avait côtoyées et qui étaient les idoles des jeunes, toutes ses joies et peines, toute sa vie! Elle était de ces personnes qui, dès qu'elle raconte, est écoutée. Mieux! Elle donnait l'impression de vivre ce qu'elle avait connu.

C'est par madame Muraie que j'y ai pris goût. Et, l'un des conseils qu'elle avait donné à ma sœur à la fin d'une leçon et que je suis toujours était une pratique continue. Pour atteindre la perfection, justifiait-elle.
A cette dame, je lui dois tout.



IMAGINATION

Je ne peux pratiquer ma passion. Je dois plutôt faire du sport « car les filles préfèrent les sportifs », avouait mon père dès que j'abordais le sujet. Qu'importe! A défaut de l'exercer, je cherchais à l'enrichir intellectuellement. Tous les mercredis, je passais mon après-midi à la bibliothèque municipale et je lisais. Je grandissais. Je me souviens avoir lu que « dès que tu es assis face à ce monstre tumultueux, ne le dompte pas, respecte-le! L'une des meilleures preuves de cette symétrie entre toi et lui est d'oublier qui est-il; puise dans ton imagination ». Aujourd'hui, j'aime relire cette phrase et me rappeler que chaque mot a son importance. A l'époque, je me demandais comment faire, lui qui m'était apparu géant dans le salon de madame Muraie. La réponse m'est parvenue avec le temps.



ANTICIPATION

Enfin! On en a un à la maison! Moins grand que celui de madame Muraie: Tant pis, son frère fera l'affaire. Je vais pouvoir appliquer les conseils que j'ai gardé dans un coin de ma tête.

« Il est surtout pour ta sœur !», m'indiquait ma mère. Soit. J'ai patienté tant d'années, je peux encore attendre que ma sœur finisse de pratiquer. Chaque fois que je le touche ou frôle me revient en mémoire la première fois que je l'ai touché, telle la madeleine de Proust. Je me souviens aussi de son emplacement dans le salon, dos à la cheminée et face au tableau représentant notre grand-mère posant devant son lit en je-ne-sais-plus-quelle-année - mais c'est vieux! Je me rappelle également l'odeur qu'il dégageait. Il sentait le bois de l'arbre qui a l'écorce abîmée par le temps. Par son odeur, et malgré sa plus petite taille que celui de madame Muraie, je le sentais puissant; mais aussi silencieux pourtant ayant des choses à narrer; ou encore effondré de finir ses jours dans un salon au lieu d'une forêt où il a grandi et d'être parmi les siens et les siennes et d'avoir perdu sa forme d'arbre. La phrase « puiser dans ton imagination » prenait sens. L'arbre qui était devant moi savait qu'il ne sentirait plus les oiseaux posés sur ses branches et chantant. Je me devais de le respecter. Et, cette déférence le rendait moins triste.

Des années passèrent et j'exerçai plus que ma sœur à la stupeur de mes parents. J'aimais prendre du plaisir à m'emporter dans un monde fantastique – plus qu'onirique! - plus agréable que la réalité. Je m'en fichais que mon père disait que le sport était un meilleur appât à filles. Après tout, qu'en savait-il lui qui n'en avait jamais fait?
Parce qu'il m'apportait ce que j'avais longtemps cherché, ma servitude à le considérer, à lui faire oublier d'où il venait et accepter sa nouvelle vie en la rendant moins monotone alors grandissait et devenait naturelle comme deux amis qui se rendent la pareille. Ce n'était plus un arbre mais un ami. Et, il me donna un conseil.
Il y avait de nombreux jours où même rêver ne suffisait. Toutes ces fois où je repartais insatisfait sachant bien qu'il manquait quelque chose mais ignorant quoi. C'est à un moment inattendu et opportun qu'il a apporté son aide. Connaître par avance le résultat pour mieux l'atteindre. D'abord, je m'y suis opposé car je ne croyais qu'aux pouvoirs des émotions et à la pratique, gardiennes de la perfection. Puis, il m'a laissé me convaincre du contraire. Et, désormais, je sais que la perfection est aussi atteinte par l'anticipation qui passe par l'appropriation.


NEVROTISME

Délaissant mes performances scolaires, mes parents m'emmenèrent voir un psychologue. Moi qui représentais l'ambition jamais atteinte de mes parents, soudainement remise en cause, – blessure narcissique et reviviscences de déceptions enfantines – nécessitais-je une écoute thérapeutique?
Le psychologue semblait avoir la soixantaine ou s'en approcher. Il avait la barbe grisonnante et les cheveux hirsutes. Il me demanda la raison qui me poussa à être aujourd'hui face à lui. Étant perturbé par cette nouvelle situation et la présence de mes parents, je répondis que l'école m'ennuyait. Alors, il m'interrogea sur mon parcours scolaire tant en lisant mes bulletins. Puis, il fit sortir mes parents, me raconta que j'allais passer quelques tests – de personnalité et d'intelligence – et qu'il me poserait quelques questions.
Comme annoncé, il me questionna: avais-je des choses à dire sur ces passations? Qu'ai-je compris des tests? Je les trouvais ludiques, originaux et intéressants car ils allaient me renseigner sur ce que j'étais, pouvoir me dire si l'idée que j'avais de moi était bien fondée?
Après, ce furent à mes parents de s'entretenir avec le psychologue. Moi, j'attendais dans la salle d'attente. S'y trouvait sur une table un livre qu'il avait écrit dans lequel j'avais lu que certaines personnes ont une immaturité affective ou sont atteintes de névrotisme. Elles n'arrivent pas à contrôler leurs émotions les mettant dans des situations embarrassantes: pleurer à une blague, rire à l'annonce d'une mauvaise nouvelle, rire puis pleurer sans raison. Il est intéressant alors de savoir qu'inconsciemment nous maîtrisons ou non le pouvoir des émotions, et, que le chef d'orchestre est le cerveau. Une idée émergea de cette réflexion: il suffit d'être conscient des joies, tristesses, peines, douleurs, rires et tant d'autres affections pour être victime moi aussi d'une immaturité affective non pathologique (car provoquée). Je fis immédiatement le lien avec l'imagination. Ce psychologue, sans le savoir, était la quatrième personne à me fournir un conseil. Merci à lui et à mes parents.



OPERER

Ma sœur dut être amenée à l'hôpital en pleine nuit et un jour férié car l'appendice lui faisait mal. Je l'accompagnais avec mon père; ma mère restait à la maison pour tenir compagnie à ses parents.
Elle fut emmenée dans une chambre et attendit la visite du médecin de garde qu'il annonce l'heure de l'opération. Tous les trois patientions. Ma sœur se tordait de douleur, mon père lui tenait la main et disait: « courage! Dans quelques heures, ton appendice aura disparu ».
J'attendis qu'elle fut sur le chemin du bloc opératoire pour demander à mon père ce qu'était l'appendice. Il me répondit: « un truc qui n'sert à rien mais qui fait mal ». Comme l'explication était vague, j'allai voir une infirmière. Sa beauté me poussa à être plus attentif à elle qu'à son explication médicale.
En me baladant dans les couloirs, je vis une affiche représentant tous les os humains. Il y en avait bien plus que ce que je croyais. De toutes les tailles. Tous ces os que je voyais étaient moi et je l'ignorais. Comment peut-on ignorer ce que nous sommes? Et, comment peut-on ignorer ce qui fait que nous sommes?
Je le pratique quotidiennement et je ne sais de quoi est-il fait. A mes yeux, il s'agit d'un manque de respect. Finalement, quelle hypocrisie! S'efforcer de le considérer sans avoir conscience de qui est-il!
Le lendemain de notre retour, j'empruntai un livre à la bibliothèque pour connaître chacune de ses pièces et leur utilité dans le rouage du registre. Encore aujourd'hui, je prends plaisir à approfondir cette connaissance: de quoi telle pièce est-elle faite? Qui la fabrique?




Comme madame Muraie, je partage ma passion à des élèves. Peut-être l'enseigneront-ils eux aussi? Peut-être abandonneront-ils la pratique dès qu'ils le pourront? Qu'importe! J'aime ce que je fais, ce que je suis.

Le jour de l'entretien avec le psychologue, je dus écrire ce qui me passait par la tête et qui décrirait ce que je suis. J'écrivis ceci:

Pratique
Imagination
Anticipation
Névrotisme
Opérer


Dernière édition par Harmony le 11/03/10-18:28, édité 2 fois
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ptitange23



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MessagePosté le: 10/03/10-12:56    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

Sympa, très intéressant et original ! Voilà ce qui me vient à l'esprit après lecture de ton texte... icon_smile.gif
Je précise tout de même qu'il y a des phrases maladroites, dans celle-ci un pb de ponctuation "A l'époque, je me demandais comment faire lui qui m'était apparu géant dans le salon de madame Muraie." qui nous perd un peu... Mais sinon c'est bien écrit. Je me demandais aussi si tu avais prévu une suite ? Pq je suis un peu restée sur ma fin, ou j'aurais aimé une fin plus surpenante, je pense... Mais ça c'est perso ! icon_smile.gif
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Harmony



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MessagePosté le: 10/03/10-18:08    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

Merci de ton commentaire. J'ai réécrit quelques phrases, notamment celle que tu prends comme exemple, en espérant que ce soit plus clair.

Tu dis rester sur ta fin et espérer une suite. Je ne pense pas faire de suite car il s'agit d'une nouvelle. Et, toute nouvelle se finit par une chute. Dans " cinq lettres. Une passion", la chute est que la première lettre de chaque titre de paragraphe (Pratique, Imagination, Anticipation, Névrotisme et Opérer) forme un mot, le même qui est représenté par "il" dans le texte et qui est "une passion" à savoir le PIANO.
En espérant que tu ne restes plus sur ta fin icon_smile.gif
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ptitange23



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MessagePosté le: 10/03/10-19:00    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

J'avais même pas fait attention !! Honte à moi !! -_-" C'est une excellente idée que tu as eu !
Ce qui est dommage et que j'ai oublié de dire, c'est que ton histoire s'éloigne un peu du piano par moment... En fait, pour moi, c'est plus l'histoire d'une vie -ou un morceau de vie- mais ce qeu j'ai aimé aussi, c'est qu'il y a un certain réalisme et on peut se reconnaître en ton personnage principal ! icon_smile.gif
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Harmony



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MessagePosté le: 10/03/10-19:16    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

"ton histoire s'éloigne un peu du piano par moment...". Alors j'ai raté car c'est bien cela mon message -_-
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ptitange23



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MessagePosté le: 10/03/10-19:30    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

Peut-être que je me plante ! Il faudrait d'autres avis pour en être certain ! ^^
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Orion



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MessagePosté le: 11/03/10-16:19    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

C'est vrai que certaines phrases ne sont pas heureuses et c'est dommage car l'ensemble du texte est sympathique.

Pour moi, tu restes bien dans ton thème, même si au début de chaque mot/paragraphe ça ne tombe pas sous le sens. D'ailleurs c'est ça qui est intéressant, quel est le lien qui relie à chaque fois l'évènement décrit, le titre du paragraphe et le piano? Tout le suspense est là... icon_smile.gif

Par contre, moi je te conseille d'enlever la dernière phrase. Déjà parce qu'elle n'est pas vraiment claire, mais en plus les cinq mots regroupés forment une conclusion bien plus percutante, car après tout, tout le texte est construit pour arriver à ces cinq mots réunis qui en révèle un sixième.

En plus, ces cinq mots te décrivent et te lient définitivement au piano... C'est assez fort pour que rien ne puisse être rajouté à ça selon moi!

Joli acrostiche en tout cas!!!!
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Harmony



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MessagePosté le: 11/03/10-17:37    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

"C'est vrai que certaines phrases ne sont pas heureuses", que veux-tu dire?

"Par contre, moi je te conseille d'enlever la dernière phrase": je sais mais sans mon explication (cf les messages avec ptitange23), aurais-tu compris que le mot formé est piano?
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ptitange23



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MessagePosté le: 11/03/10-18:19    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

Je pense que le texte m'aurait assez parlé...
Mais dans le doute, tu peux laisser la dernière phrase. J'avais pas vu le mot piano mais j'avais compris qu'il s'agissait de ça, même sans que tu dises le mot.
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Orion



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MessagePosté le: 19/03/10-08:46    Sujet du message: Réagir/Répondre en citant

Certaines phrases ne sont pas heureuses car elles sont mal écrites, pas claires, comme celle que t'as indiquée ptitange23.

Pour la dernière phrase, à mon avis, elle doit être enlevée. Je me doutais que tu ferais quelques choses avec ces cinq mots dès le début donc je m'attendais à trouver ce genre de construction, mais de toute façon, la dernière phrase noie le poisson plus qu'il n'aide à la compréhension.

Si tu stoppes avec juste les cinq mots, on va chercher de quoi tu parles, on reste sur les cinq mots et le sixième apparait forcément. Avec la dernière phrase, on ne fait que passer sur les cinq mots et si on ne percute pas tout de suite on risque de passer à côté.

En plus la dernière phrase n'est pas très claire.

Enfin c'est mon avis, mais je pense que ça gâche tout l'effet qui a été patiemment construit tout au long du texte.
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